Parfois considéré comme un
GTA-like, les bagnoles en moins, Yakuza se définirait à mon avis mieux comme une version moderne de River City Ransom, vieillerie sur NES sans doute jamais sortie en
Europe mais qui a fini par devenir un jeu-culte en Occident bien des années après sa sortie, quand le monde l'a redécouvert par des moyens que la morale réprouve. Pour ceux qui ne connaissent
pas, River City Ransom est un beat'em all dans lequel le héros gagne des points d'expérience pour augmenter ses stats et peut entrer dans pas mal de magasins pour y faire divers achats
destinés à restaurer sa barre de vie ou acquérir de nouvelles compétences avant de retourner démolir à la chaîne les membres de divers gangs par la force de ses poings, ses pieds, et d'armes à
ramasser en route.Vous prenez ce petit titre de Technos, donc, et vous y ajoutez un gros budget et les moyens techniques du 21ème siècle, et vous obtenez ce luxueux jeu de baston sorti en exclusivité sur PS2, et qui n'a vraisemblablement pas connu en France le succès qu'il a eu au Japon (où un 3ème épisode et une adaptation cinématographique sont en préparation) si l'on en croit sa chute assez rapide dans la section "petits prix" des magasins de jeux.
Bien qu'il s'agisse, en substance, d'un simple jeu de baston, Yakuza propose un scénario alambiqué développé avec force scènes cinématiques. L'histoire est celle d'un ex-gangster, Kazuma Kiryu, ayant volontairement accepté d'aller en prison pour un crime qu'il n'a pas commis ; à sa sortie 10 ans plus tard, la sale impression de s'être gravement fait enfler par le compagnon d'armes à qui il a évité la taule, et de lourdes menaces sur la vie d'une petite fille suite à un gros imbroglio incompréhensible impliquant son ancien clan et le vol d'une somme colossale par la mère de la gamine, qui pourrait être la soeur d'une ancienne amie de Kazuma (oui je vous avais prévenu, c'est pas simple), vont pousser notre bouillant héros au dos tatoué à aller péter la gueule à toute la pègre de de Kamurocho, quartier fictif de Tokyo inspiré de celui de Shinjuku.
Kamurocho, où le jour ne se lève jamais
L'un des boss du jeu, Michael Madsen, qu'on n'imaginait pas aussi souple
Brigitte Lahaie vous le confirmera, il vaut mieux tomber sur un Gros Dur que sur un Petit Mou
Ce qu'il manquait aux beat'em all 2D de notre jeunesse :la possibilité de casser le rythme trépidant des bastons incessantes en s'arrêtant pour aller faire ses courses
Pour se décontracter entre deux altercations de rue,vous pouvez participer à un tournoi d'Ultimate Fighting clandestin.
Ici on voit le champion Daniel Feldman
qui n'a pas seulement un nom d'expert-comptable, mais aussi un style de danseuse.
Pourtant, les premières fois, leur côté cinématographique est plutôt enthousiasmant, on a l'impression de vivre un film d'action asiatique, avec les ralentis sur les "coups critiques" et l'utilisation de tout ce qui traîne comme une arme. Mais les films interactifs ne donnent pas de bons jeux, et le plaisir ne dure pas. Vraiment dommage donc que Sega se soit appliqué sur tout ce qui ne devrait pas être l'essentiel dans un jeu de baston, et a raté le principal : des combats intéressants, et une action dont le rythme ne faiblit pas. C'est vrai que les graphismes et la mise en scène ont la classe, c'est vrai qu'il y a une surface de jeu correcte sur laquelle se balader librement, c'est vrai qu'il y a les mini-jeux, c'est vrai qu'il y a l'ambiance "film de yakuza", et c'est vrai que le succès des Metal Gear Solid est là pour prouver que certains joueurs sont prêts à se contenter d'un gameplay inintéressant juste pour le plaisir de déclencher la prochaine cinématique de 10 minutes. Moi personnellement quand j'achète un jeu de baston, c'est pas pour le plaisir d'aller dialoguer avec une hôtesse de bar gloussante sur le genre de mec qui la fait craquer, ou d'aller ramasser des peluches dans une "machine à pince" comme on en trouve à la fête foraine. A vous de voir le plaisir d'épater vos potes avec un "T'as vu, j'ai un film de Takeshi Miike sur ma PS2" vaut de débourser 30 euros, mais a priori je dirais non.
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