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26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 10:11


Tout comme les grands studios hollywoodiens, les éditeurs et développeurs de jeux vidéos sont en train de s'apercevoir qu'il y a toute une époque où ils n'ont bêtement pas profité de tout le potentiel commercial offert par les films à succès. Et pourtant, depuis l'époque de l'Atari 2600 déjà, ils faisaient preuve de peu de retenue en la matière et adaptaient un peu n'importe quoi. Pour peu qu'au moins 2 ou 3 scènes d'action d'un film aient été susceptibles d'être transposées sous forme de séquences jouables, ils en tiraient  quelque chose. Mais disons qu'en règle générale, pendant longtemps, ils se sont limité aux films d'action, de science-fiction ou d'horreur. Et puis un jour, les choses ont changé, la barrière morale a été franchie. Ca a dû commencer par une réunion de conseil d'administration chez un éditeur de jeux où  les moins scrupuleux des cadres et actionnaires se sont mis à valider les projets les plus débiles à partir d'une simple liste de meilleures ventes de DVDs, en profitant d'une pause-pipi du type qui habituellement est là pour expliquer que, si tel ou tel gisement de pognon n'a jamais été exploité par leurs soins, c'est parce qu'il n'y avait vraiment aucun moyen de transposer le film en question sous la forme d'un jeu, sauf à se rendre complètement ridicule. Et quand ce gars-là est revenu des chiottes, surprise : "Tiens, Bob, pendant que t'étais aux cabinets, on a signé pour faire des jeux sur Le Parrain et Scarface. Je crois qu'il y a des bagnoles et des flingues dedans, donc tu peux sûrement nous trouver un développeur pas cher qui nous en fera des GTA-like. J'ai pensé aussi que tu saurais dénicher quelqu'un capable de faire un genre de Tekken qu'on pourrait vendre sous une jaquette Fight Club. Ah puis on a approuvé Dirty Dancing aussi, mais pour celui-là, j'ai pas d'idée, démerde-toi."

Bref, un jour donc quelqu'un s'est rappelé que personne n'avait jamais transformé Reservoir Dogs en jeu vidéo et, plutôt que de se dire qu'il y avait sans doute une bonne raison à cela, il s'est dit "Allez hop j'achète les droits et je le fais, je vois pas pourquoi on presserait pas ce citron jusqu'au bout, bordel". La mode des jeux sur le gangstérisme a dû aider, aussi. Y a une voiture et une demi-douzaine de pistolets visibles dans le film, autant dire que les gamers tarantinophiles mouraient tous d'envie que ça devienne un jour un nouveau The Getaway, un nouveau True Crime, et peu importe que le contenu du film lui-même se prête peu à une transposition ludique, il suffit de broder autour. Il n'y a pas de scènes d'action dans le film ? Ben c'est pas grave, on va imaginer les bouts de l'intrigue qui ne sont pas dans le film ! Fallait l'oser, ça quand même. Si d'autres suivent l'exemple et décident de baser la totalité d'une adaptation sur des scènes complètement inventées pour pouvoir exploiter un film normalement inadaptable, on peut s'attendre à tout. Quand on voit le nombre de titres du Top 250 d'IMDb qui n'ont pas encore été profanés... Imaginez un jeu de sports extrêmes tiré du plus célèbre film d'Orson Welles, qui s'appellerait Citizen Kane: The Rosebud Years, constitué de flash-backs inédits où l'on incarnerait un jeune Kane en vacances à la montagne, faisant des tricks de malade en luge (et pour varier un peu, en snowboard et tout le bordel). Ou un Medal of Honor-like adapté de Casablanca mais situé 5 ans avant le film et montrant les péripéties de Rick pendant la guerre d'Espagne. Et un genre de Blazing Angels estampillé Dr Folamour, hein, sur la jeunesse de Ripper et Mandrake en tant que jeunes et fougueux pilotes de chasse, ça aurait de la gueule non ? Les limites ont déjà sauté, alors autant se lâcher. Après tout, comme disait Dostoïevski, "Si quelqu'un a eu l'autorisation de faire un jeu vidéo tiré de Taxi Driver, alors il n'y a pas de Dieu et toutes choses sont permises".

Chris Penn aimerait savoir si c'était possible de faire un jeu vidéo
tiré de
Comme un chien enragé maintenant, qu'il puisse se retourner
une deuxième fois dans sa tombe, il dort mieux sur le dos.


Enfin tout ça pour dire que voilà, il y a un jeu tiré de Reservoir Dogs, qui peut désormais se trouver pour moins de 5 €, et donc que ça me plaise ou non il faut bien que j'admette son existence et que j'en parle ici. Il s'agit de la première réalisation du studio Volatile, subdivision de Blitz Games, développeur de titres basés sur Bad Boys, Barbie, Le Retour de la Momie ou Bob l'Eponge, c'est dire si ces gens-là privilégient la qualité par rapport à la rentabilité. Leur quête d'excellence se voit dans la fidélité du jeu Reservoir Dogs à son modèle, puisqu'on y retrouve tout ce qui a fait le succès critique du 1er film de Quentin Tarantino : des poursuites en voiture avec cascades et effets spéciaux d'accélération à la Fast & Furious, des fusillades endiablées entre des bonshommes en costard noir et des agents du SWAT parsemées de ralentis en noir et blanc pour faire genre John Woo/Bullet Time, un scénario et des dialogues signés James Parker. Bien sûr, tout le casting original est au rendez-vous, mais surtout Michael Madsen en fait, parce que les autres pas du tout, ce qui fait que les voix sont assurées par des imitateurs pas franchement convaincants (le remplaçant de Steve Buscemi est un peu moins mauvais que les autres), et que graphiquement parlant les personnages du jeu ressemblent autant à leurs homologues réels que les personnages du film Super Mario Bros. ressemblaient à ceux du jeu. Enfin sauf Michael Madsen donc pour qui un chèque est toujours bon à prendre.

Vous ne le saviez sûrement pas, mais pour aller chez le diamantaire,
Mr Blue et Mr Brown avaient décidé de faire la course en pleine ville,
ce qui ne risquait absolument pas d'attirer l'attention des flics avant même le braquage.


Bref, le jeu prétend donc raconter les moments de l'intrigue que Tarantino avait choisi de laisser de côté. Comment le gang s'est-il rendu chez le diamantaire ? Qu'est-il donc arrivé à Mister Blue entre le braquage et sa mort ? Comment Mister Pink a-t-il rejoint la planque sain et sauf avec les diamants ? Où Mister Blonde a-t-il capturé le flic qu'il comptait brûler vif ? Autant de questions dont les réponses ont à peu près autant d'intérêt que de savoir ce qu'il advient de l'insigne de l'Inspecteur Harry après qu'il le jette à la flotte à la fin du premier film de la série, ou comment s'y prend l'héroïne de La Secrétaire est une cochonne pour trier le courrier, répondre au téléphone ou passer commande de fournitures de bureau quand elle n'est pas occupée à se faire pilonner le fondement à la chaîne par tout le service compta, c'est-à-dire qu'on s'en bat les steaks et que c'est pour ça que ça n'est pas dans le film à la base.

Tant qu'il reste de dos, Mister Pink ressemble à peu près à Mister Pink
grâce au sac de diamants.
De face, on dirait plutôt un playmobil avec
une moustache à la Groucho, directement peinte sur le visage.


Concrètement, tout ça prend la forme d'un jeu d'action alternant des niveaux à pied et des niveaux en voiture, vous amenant à contrôler tour à tour la plupart des personnages du film. Et là, je vais faire un effort et essayer d'arrêter deux secondes de haïr le jeu en tant qu' "adaptation" bidon, pour haïr un peu  ce qui aurait pu le sauver malgré tout : le gameplay. Passons rapidement sur les séquences de conduite, qui se jouent grosso modo comme des missions de Driver 1er du nom, la maniabilité et le fun en moins, et attardons-nous plutôt sur le gros du jeu, le "run & gun" comme ils disent, les séquences à pied où l'on déplace un individu armé dans des environnements urbains hostiles qu'il doit traverser du point A au point B sans se faire tuer. Et pour cela, le joueur a le choix entre deux méthodes, que le jeu a choisi d'appeler celle du "psychopathe" et celle du "professionnel" ; en gros, le psychopathe avance en tirant dans le tas, tandis que le professionnel neutralise l'adversité sans tuer personne.

Tiens, qu'est-ce que j'disais.

Pour le gameplay "psychopathe", je rentre pas trop dans les détails, c'est assez simple à comprendre, c'est du shoot à la troisième personne classique, avec assez peu d'armes et des contrôles plutôt foireux. Les développeurs ont dû oublier la scène du film où Pink et White s'inquiètent du comportement violent de Mr Blonde, pour proposer de jouer n'importe quel personnage de cette façon, mais bref, passons,  au point où on en est, on n'est plus à ça près. La voie "professionnelle" aurait en revanche pu être plus intéressante ; le principe consiste à éviter les effusions de sang en utilisant des otages pour pousser les forces de l'ordre à vous laisser passer sans vous tirer dessus. Tant que vous avec un otage avec vous, on ne vous attaquera pas, du moins pas de face, et vous pouvez utiliser la menace pour pousser les flics à déposer les armes, sachant qu'il faudra parfois rudoyer votre prisonnier pour montrer à la police que vous ne plaisantez pas. S'il avait bien fonctionné, ce système aurait sans doute pu donner un jeu de braquage sympa et original, à défaut d'une bonne adaptation du film Reservoir Dogs. Le problème, c'est qu'entre les contrôles lourdingues et le manque global de réalisme, ça ne tient pas debout longtemps.

Comme il n'y a pas de petites économies, les gars de Volatile n'ont pas hésité
à réutiliser plusieurs fois les mêmes tronçons de niveaux pour différents personnages.


En effet, l'utilisation de la manière douce se révèle très vite non seulement laborieuse et répétitive, mais de plus beaucoup moins efficace que la méthode musclée. La même ruelle que vous traverserez en 10 secondes et sans égratignure si vous décidez de vous frayer un chemin à coups de bastos en cueillant vos adversaires par surprise vous prendra cinq minutes si vous tentez de la jouer fine, en chopant un otage,  en désarmant tout le monde un par un, et vous courerez au passage le risque qu'un ennemi a priori neutralisé ne profite de deux secondes d'inattention de votre part pour se jeter sur un flingue et vous baiser la gueule pendant que vous serez occupé à maîtriser ses collègues ou à changer d'otage parce que le vôtre vient de s'évanouir. Et comme malheureusement le choix de la voie "pro" n'offre aucun avantage en compensation, ni plaisir de jeu ni bonus, le réflexe naturel du joueur est de laisser parler la poudre neuf fois sur dix : les meurtres n'entraînent aucune pénalité, et comme seul le sort de Mr Pink peut être altéré par le style choisi, les autres personnages crevant tous comme ils crèvent dans le film quels que soient les résultats du joueur, seul les plus maniaques et besogneux s'emmerderont avec les "subtilités"
bien pénibles de la méthode "professionnelle".

Le "Bullet Festival", un effet spécial cheap et assez peu utile, évoque autant la filmo de Tarantino
qu'un dialogue sur les chansons de Madonna rappelle celle de John Woo.


On peut ajouter que le déséquilibre entre les deux options est encore accentué par le fait que, dans les fusillades,  tirer depuis un endroit couvert et se déplacer accroupi entre deux points de couverture permet de ne quasiment jamais encaisser de dégâts ; que l'IA ne fait illusion que 30 secondes avant de révéler des  faiblesses ridicules (flics qui déclenchent des fusillades dès que vous lâchez votre otage même si celui-ci est en plein dans leur ligne de mire, ennemis désarmés qui courent chercher le flingue d'un collègue abattu alors que le leur est juste à leurs pieds, ou qui rechargent en restant debout et à découvert tandis que vous les arrosez au fusil d'assaut...) ; et que les "mouvements spéciaux" des personnages, que l'on peut déclencher en remplissant une jauge d'adrénaline et qu'on devine être là pour faire super cool et stylé, achèvent de faire sombrer le jeu dans le hors-sujet par rapport au film. En mode fusillade, ils donnent lieu à une espèce de  "Bullet Time" tout vilain, qui vous permet grosso modo de figer le temps pour mieux viser vos cibles avant de les voir tomber au ralenti, tandis qu'en mode prise d'otage, vous voilà capable de mutiler vos victimes au rasoir ou au coupe-cigare pour impressionner vos opposants les plus durs-à-cuire. Ca fait pas très Reservoir Dogs tout ça (ouais, je sais, UNE fois dans le film, Mr. Blonde coupe une oreille par plaisir sadique, ça n'a rien à voir avec couper 15 oreilles à des fins utilitaires, désolé), et ça n'apporte pas grand'chose à un gameplay pas folichon.

La fameuse scène que tous les cinéphiles espéraient depuis la sortie du film,
où un faux Harvey Keitel
encore moins ressemblant que le faux Steve Buscemi
décalque les poulets au M4 dans les bas-fonds de la ville.


N'étant pas, ou disons plus, de ceux qui mettent le film Reservoir Dogs sur un piédestal, j'aurais peut-être quand même pu pardonner au jeu d'être une trahison débile de l'oeuvre originale s'il avait été ne serait-ce qu'un tout petit peu divertissant, s'il avait eu ces quelques petites qualités qui font qu'un jeu pas indispensable peut quand même amener le joueur indulgent et curieux à cracher quatre euros. Or là, je dirais que la seule chose positive qu'on puisse dire de ce
puant symbole des pires dérives d'un mercantilisme crasse, c'est que sur le plan ludique il est juste un tout petit peu moins pourri que son cousin russe Tueurs, ce qui n'est pas vraiment un exploit très spectaculaire. Si vous tenez absolument à dépenser une somme dérisoire dans l'exploitation discutable sous forme de jeu raté d'un bon film qui ne demandait rien à personne à part couler une retraite tranquille loin des produits dérivés, achetez plutôt Les Dents de la Mer.

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Published by Toxic - dans Test (PC)
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commentaires

M.green 06/04/2010 07:33



cette critique est visiblement faite par quelqu'un qui ne sait pas jouer et qui donc s'est lourdement ennuyé en jouant à ce jeu.


l'ambiance du film est totalement rendue, les dialogues y sont trés bien transposés et meme si pour certains personnages ce ne sont pas les voix originales la personnalité de M.Pink par exemple
est trés bien recréée avec des vannes sans arret sur le systeme americain. bref jouez à ce jeu et arreter de faire des raccourcis trop rapides sur des jeux que visiblement vous n'avez pas fini.



Toxic 06/04/2010 11:21



Faut croire que personne dans la presse spécialisée ne sait jouer non plus alors, vu que le jeu s'est fait massacrer par tout le monde...