Comme je le faisais remarquer encore
récemment, non, ce blog n'est pas là pour tester exclusivement des trucs moisis
pour le plaisir d'en dire du mal. Le but est d'essayer d'aider le joueur ne disposant que d'un budget jeux serré à faire le tri entre le bon et le mauvais parmi ce qu'on peut trouver dans les
collections à petit, voire tout petit prix. Et même s'il est de plus en plus rare de trouver des chefs-d'oeuvres égarés dans les bacs à soldes, on peut encore y dénicher autre chose que des
sous-bouses réalisées pour un budget de 7 zlotys par un progammeur solitaire handicapé mental ayant installé ses locaux dans une sanisette désaffectée.
Tout ça pour vous dire que le sujet de test du jour, bien qu'acheté pour 2,99 € dans sa luxueuse réédition en collection "Games Giant vol. 1" de JoWood, qui est un peu la Pléiade du jeu pas terrible, n'est pas un vieux jeu de gestion allemand tout chiant, mais un jeu d'aventure/action
français. Il me semble que ça n'a pas été un gros succès commercial à sa sortie, ce qu'on s'empressera bien sûr de mettre sur le dos de joueurs incultes incapables d'apprécier un jeu qui sort des
sentiers battus, en écartant un peu vite l'hypothèse selon laquelle il n'est peut-être pas aussi réussi que l'a affirmé la presse spécialisée en France, où beaucoup de testeurs sont suffisamment
chauvins pour se pignoler sur n'importe quoi pour peu qu'on dise que c'est un noble représentant de la fameuse "French Touch". Vous savez, celle qui servait d'imparable label qualité aux
"jeux" Cryo.
Bref, Arx Fatalis bénéficie d'un regain d'intérêt depuis que ses développeurs, Arkane Studios, se sont faits connaître d'un plus large public avec Dark Messiah of Might &
Magic réalisé pour Ubi Soft. Je signale d'ailleurs que la version la plus facile à trouver aujourd'hui en magasin n'est pas la version à 3 euros dont je vous parle aujourd'hui, mais la
"Collector Edition" rééditée l'année dernière dans les
"Best of Atari" et vendue pour 15 euros. Alors, un peu plus de 5 ans après sa sortie, et quand on s'y attaque sans l'a priori positif du joueur cocardier tout fier que des compatriotes à lui
soient capables de faire un jeu vidéo, que vaut donc le fameux Arx Fatalis ?
La première chose qui frappe au lancement du jeu, c'est que la 3D, dis donc, ça vieillit mal. On a beau ne pas être un garçon superficiel et savoir que le visuel n'est pas tout, et surtout pas
quand on joue à des jeux à 3 euros sur une bécane assez ancienne qui serait bien incapable de faire tourner un Crysis, il faut avouer que Arx Fatalis pique un peu les yeux au
début, avec ses modèles tout anguleux, ses textures parfois grossières et ses animations pas vraiment très naturelles. Plus regrettable encore, bien que le jeu ait parfois été présenté par la
presse comme un "jeu de rôle", l'écran de création du personnage laissera l'amateur un peu sur sa faim : vouloir sortir du sempiternel choix de race/classe/alignement c'est bien mais ça ne
dispense pas de proposer au joueur un peu plus de richesse que "répartissez quelques points entre 4 capacités et 9 compétences et basta".
C'est vrai que l'important c'est la beauté intérieure,
mais un choix de perso
limité à 4 avatars moches, c'est un peu tristounet
Je vais continuer à être assez négatif encore en me plaignant que les 1ers pas dans le jeu nous infligent quelques clichés du JdR qu'on aimerait bien ne plus jamais revoir : la méchante secte qui
va réveiller une divinité maléfique, le héros qui a perdu son identité et sa mémoire, et un apprentissage qui passe par de passionnants combats à l'arme pourrie contre des rats dans des grottes,
dans une quête de départ consistant à s'évader d'un cachot... et là on se dit "Putain je sens que je vais rapidement rencontrer des illuminés qui vont m'appeler 'Etre Elu' sans que je comprenne
pourquoi, et qu'à quelques minutes de la fin du jeu je vais découvrir que je suis le fils/frère du grand méchant" (pour ne pas vous gâcher la surprise, je ne dis pas si c'est vrai ou pas) (par
contre, je peux vous dire que Ron meurt à la fin de Harry Potter 7). Des poncifs qui n'aident pas vraiment à accrocher au jeu au départ...
Le fier héros se voit rapidement affubler du doux sobriquet d'Am Shagaar,
qui en langage Arx signifie "lieu commun sur pattes, avec un slip"
Le monde dans lequel se déroule cette aventure à la 1ère personne, la ville d'Arx et ses alentours, est en revanche un peu plus original, puisqu'il s'agit d'une grande cité reconstruite dans les
profondeurs de la terre après que ses habitants ont été contraints de fuir la surface (rendue invivable à la mort de leur soleil) et de se réfugier dans un réseau minier creusé par les Nains, où
cohabitent bon gré mal gré humains, gobelins, trolls, hommes-rats, femmes-serpents et autres races exotiques. Cela étant dit, ça signifie du coup qu'on va passer tout le jeu dans des galeries
souterraines seulement éclairées par la lueur des torches, sans jamais aller se balader à l'air libre, ce qui ravira peut-être les nostalgiques d'Ultima Underworld (d'ailleurs, pour l'anecdote et même si
vous le savez déjà peut-être, les développeurs n'ont pas pu obtenir la licence mais prévoyaient au départ de réaliser un Ultima Underworld 3) mais a de quoi rendre légèrement dépressifs
les joueurs pas trop agoraphobes. En tout cas, si ce choix d'un univers souterrain donne au jeu une personnalité très marquée, pour le joueur ça représente également une liberté un peu
restreinte. Pas question de partir explorer la campagne ou le désert à sa guise comme dans un Elder Scrolls ou un Fallout, l'univers d'Arx Fatalis s'apparente à un
grand tunnel avec assez peu d'embranchements. Le jeu n'est quand même pas complètement linéaire, mais disons que l'architecture du monde d'Arx est conçue pour éviter que le joueur n'aille se
perdre trop loin du scénario principal, et elle amène fréquemment le joueur à d'ennuyeux allers-retours dans des couloirs déjà explorés et donc vides de toute action (les ennemis ne
réapparaissent pas).
Le palais du roi humain est là pour prouver qu'il n'y a pas
que des
grottes, des mines et des cachots dans ce monde souterrain,
mais tout reste extrêmement sinistre et à
déconseiller aux joueurs claustros.
Dans l'ensemble, il faut quand même reconnaître que, même si Arx Fatalis n'est pas foncièrement un mauvais jeu, ceux qui espèrent un jeu de rôle de la trempe des fleurons du genre en
seront pour leurs frais. C'est du JdR "light" (et pourtant pas spécialement facile), ce qui n'est pas un mal en soi, mais qui se retrouve malheureusement un peu bancal dans la mesure où, à côté
de certaines simplifications opérés sur les mécanismes classiques du genre, le jeu s'encombre par contre de complications limite pour rôlistes hardcore.
Quand on a un système de création de personnage aussi basique, pas d'équipe de compagnons à diriger, des dialogues automatiques sans choix multiples, des quêtes qui se résolvent pour ainsi dire
toutes seules et par hasard rien qu'en cliquant sur tous les personnages rencontrés jusqu'à ce que l'un d'eux débloque une situation, on est un peu étonné de devoir quand même gérer la faim de
son héros, cuire sa bouffe, confectionner ses potions de soins soi-même, fouiller le moindre bout de squelette égaré au fin-fond d'un cul-de-sac pour y retrouver un objet super important... Pour
ma part, j'aurais préféré la liberté de choisir mes répliques dans les dialogues à la liberté de confectionner et cuire mon pain pour nourrir le héros...
Une poignée de farine, une fiole d'eau, on balance le tout au feu,
et hop ! Elle est pas belle ma grosse miche ?
Et tant qu'on parle de gameplay bancal et de choix de conception pas inintéressants mais pas complètement bien pensés non plus, citons l'interface lourde (on s'y fait, mais c'est long), la
gestion assez crétine de l'inventaire (10 torches prennent à peine plus de place qu'une dague, un haume prend la même place qu'une fleur...) et surtout, les combats qui sont l'un des plus gros
points noirs du jeu. Ne pas vouloir utiliser un traditionnel système au tour par tour avec "jets de dés virtuels", le décompte des points de vie perdus qui s'affiche au-dessus de la tête du perso
ou "GOBELIN attaque... RATE !" dans une fenêtre de dialogue, pourquoi pas. J'aime pas trop l'idée qu'un jeu implique autant l'adresse du joueur alors que son personnage a déjà des stats
d'habileté/force/armure/etc, c'est déjà ce qui m'a bien pourri un jeu de rôles comme Vampire: Bloodlines, mais je comprends l'idée de vouloir dynamiser les bastons. Mais dans ce cas,
qu'on me donne la liberté de mouvement d'un Die by the Sword, ou les coups spéciaux de Severance: Blade of Darkness, pas ce système basique et plombé par la raideur des
contrôles, et avec lequel les duels finissent par se résumer à "Je charge un super-coup, je cours, je tape, je recule vite, je charge un super-coup, je cours, je tape, je recule
vite..."
L'un des points positifs du jeu, on peut interagir avec des centaines d'objets,
comme dans cette salle de garde où vous pourrez partager le repas des soldats
ou décrocher les armes et boucliers qui ornent les murs.
Mais bon, je critique, je critique, et avec tout ça, j'en oublierais de parler des bons côtés du titre. Car reconnaissons-le, malgré tout ce qui ne va pas, tout ce
qui déçoit, et même si dans le genre "Le Jeu de Rôles pour les Nuls" il reste inférieur à un Star Wars: Knights of the Old Republic par exemple, Arx Fatalis a tout de même des
qualités et un certain charme. Quand on a été poussé par la curiosité ou la disette à se farcir une gentille petite flopée de RPG/action-RPG/pseudo-RPG honteux comme The Fall: Last Days of
Gaia, Another War ou Metalheart: Replicants Rampage, on n'est pas mécontent de tomber sur un produit qui offre un peu plus qu'une aventure insipide et soporifique vérolée
de bugs lamentables. L'ambiance, dans un jeu de rôle, est importante, et ici, elle est réussie. Le son y est pour beaucoup : certes il n'y a pas (ou très peu) de musique, mais les bruitages
immergent parfaitement le joueur dans cet univers sombre et oppressant et les voix y apportent un peu de vie, avec des PNJ qui bavardent entre eux et un doublage plutôt satisfaisant des
principaux personnages.
Plus redoutable encore que Conan the
Librarian,
la bibliothécaire d'Arx est une femme-serpent
habillée par la styliste de la série Final Fantasy
Un parti pris intéressant est le fait que les différentes créatures que vous rencontrez ne sont pas distinctement séparées entre monstres forcément hostiles et PNJ
intouchables. Ici, vous pouvez attaquer qui vous voulez (à vos risques et périls), y compris des personnages qu'on peut supposer indispensables à la poursuite du scénario, et à l'opposé, toute
créature d'aspect patibulaire n'est pas forcément un ennemi à affronter ou esquiver, on peut parfaitement discuter pacifiquement avec trolls et gobelins si on se retient de foncer l'arme à la
main sur tout individu non-humain.
Le jeu autorise à s'en prendre à n'importe qui,
y compris à cette agaçante petite fille qui n'a eu que ce qu'elle méritait
Le système de magie a reçu pas mal d'éloges ; pour ma part, j'ai un avis plus partagé à ce sujet, car s'il faut reconnaître que l'idée est très bonne, sa mise en
application n'est pas des plus souples. Basés sur des runes à ramasser en chemin, les sorts se lancent en traçant avec la souris les symboles qui y correspondent, principe avec lequel Peter
Molyneux avait déjà bien fait saliver son auditoire lors du développement de Black & White avant de décevoir tout le monde à la sortie du produit fini. Et c'est vrai qu'en théorie
c'est amusant, mais en pratique, comme la détection des tracés n'est pas vraiment excellente, c'est un poil relou quand même.
Moins de 2 heures après son évasion de prison
et après s'être déjà démerdé déjà pour rencontrer le roi humain,
notre héros fait ici ami-ami avec le roi troll.
Am Shagar, c'est un peu le Stéphane Bern local.
Au bout du compte, les éléments les plus regrettables restent, à mon goût, les dialogues imposés (on ne choisit jamais ses questions, ses réponses, on double-clique
sur un PNJ et la conversation se lance) et un défaut qui en découle, la résolution automatique et "involontaire" de certaines quêtes. Exemple tout simple avec l'une des premières énigmes du jeu :
pour la quête de Machin, j'ai besoin qu'on me signe un certain document. J'aimerais bien pouvoir essayer de rouler ou soudoyer Machin, mais je n'ai pas le choix dans la discussion. J'aimerais
bien pouvoir tenter de falsifier moi-même le document, qui est déjà écrit et n'a besoin que d'une signature, mais je ne peux pas. Et alors que je suis bien emmerdé parce que faute de pouvoir
questionner les gens sur ce sujet bien précis, je ne sais pas comment je vais m'en dépétrer, boum, je croise Truc, que j'ai aidé un peu plus tôt dans le jeu, je clique sur lui juste pour
discuter, savoir ce qu'il a à dire depuis la dernière fois, sans imaginer qu'il est la clé de mon énigme, et... magie, c'est lui qui me résout ma quête en me faisant une fausse signature. Voilà,
la quête est résolue sans que l'imagination, la réflexion, la ruse du joueur n'y aient été pour quoi que ce soit, seule la faculté de cliquer patiemment sur chaque PNJ a été mise à contribution.
Super... Et la plupart des quêtes sont sur le même principe hélas : on clique sur tout le monde et quelqu'un finit par nous fournir la solution sans qu'on s'y attende, ce qui rapprocherait plus
Arx Fatalis d'un Final Fantasy que d'un JdR PC.
Rien de tel qu'un bon flash de magie runico-psychédélique pour allumer sa torche
A 3 euros, on ne va quand même pas trop faire la fine bouche, Arx Fatalis reste suffisamment prenant malgré tout pour qu'on ne regrette pas son achat, et
ce serait salaud de complètement sacquer un jeu qui a au moins le mérite d'avoir tenté un mélange des genres qui, à l'époque, restait rare, même si le résultat a trop le cul entre deux chaises
pour pouvoir être considéré comme réussi et convaincant. Et même à 15 € pour l'édition anniversaire, l'amateur de jeu de rôle pas trop exigeant et ayant déjà fait le tour de ce que le genre a de
meilleur à offrir sur PC en aura pour son argent plus sûrement avec les divers ersatz mentionnés plus haut.
Je plussoie sur les dialogues pas bien pensé.
Comme je trouvais déjà mon texte très (voire trop) long j'ai laissé de côté quelques défauts et qualités qui me paraissaient de moindre importance.