Le controversé film de Paul Verhoeven avait déjà fait l'objet d'une 1ère adaptation sous forme de STR à l'époque où il sortait 50 STR par semaine, voilà
sa 2ème apparition cette fois sous forme de FPS, sortie à l'époque où il sortait 50 FPS par semaine. De là à dire que Starship Troopers est condamné à être réexploité tous les 5 ans
par des développeurs opportunistes utilisant un nom connu pour fourguer un produit médiocre dans un genre à la mode... Qui sait ce que donnera le jeu Starship Troopers de 2010 hein ?
Un crossover Léa passion Starship Troopers, qui permettra d'élever un arachnide de compagnie sur sa DS ? Un party-game minable sur Wii ? Un GTA: Klendathu sur XBox 360 ?
L'avenir nous le dira, mais en attendant, intéressons-nous donc à ce titre dont les nombreux exemplaires invendus s'écoulent maintenant dans les solderies.
Attention, séquence "je raconte ma vie parce que c'est un blog ici après tout" : un jour que je fouinais dans le bac à 5 euros du rayon jeux vidéos d'un magasin
aujourd'hui disparu, mon attention avait été attirée par une preview du jeu franchement alléchante qui tournait en boucle sur un écran de démonstration. Directement inspirée d'une scène du
film, la vidéo réalisée avec le moteur du jeu montrait la défense d'une base au milieu du désert assaillie par des centaines de bestioles, ça avait la pêche et ça donnait bien envie, au point
que je me disais déjà "j'aime pas trop les FPS mais celui-là, quand il sort, j'achète !" La désillusion a été cruelle quand, longtemps après, le jeu est finalement sorti et a été
unanimement descendu par la presse. Mais il était dit que je l'aurais quand même un jour et que la boucle serait bouclée, puisqu'après un tour dans le bac à
merdes pas chères d'une autre boutique, j'ai pu l'acheter pour vérifier s'il s'agissait de l'un de ces vilains petits canards injustement boudés par la critique, ou bel et bien une bouse...
Voilà, fin de la séquence "racontage de vie", mais que voulez-vous, quand il n'y a pas grand chose à dire sur le contenu d'un jeu il faut bien faire un peu de remplissage.
Les décors ne sont ni très beaux ni très variés mais quelques scripts y apportent un peu de vie,
comme ici avec cet infirmier qui traîne un blessé en lieu sûr avant de le soigner.
Située 5 ans après les événements du film, l'action du jeu vous emmène à l'assaut de la planète Hesperus alors que celle-ci est victime d'une invasion
arachnide. La première chose qui frappe, c'est que les voix VF font bien pitié, et la deuxième, c'est que c'est un peu débile d'utiliser des extraits de l'adaptation ciné du roman de Heinlein
pour illustrer une intrigue qui met en scène d'autres personnages sur une autre planète à une autre époque. Bref, une fois passé le briefing et lâché dans le jeu lui-même, on pourra être un
peu déçu par le fait que graphiquement, le jeu ne soutient pas la comparaison avec un autre FPS futuriste pourtant plus ancien : Les Chroniques de Riddick. Malgré quelques effets
sympa (la déformation à travers la vitre de l'ascenseur par exemple), c'est pas très beau.
Escouades se mettant en position, vaisseaux larguant des troupes fraîches,
explosions, soldats apeurés se planquant dans des recoins, cadavres démembrés,
en apparence les éléments étaient là pour plonger le joueur dans une ambiance guerrière...
On appréciera par contre l'effort réalisé pour donner un peu de vie au premier environnement visité, une base spatiale servant de niveau didacticiel, puisque ça grouille de PNJ (avec lesquels
vous ne pouvez malheureusement pas interagir) vaquant à leurs occupations. Ce petit bon point sera hélas vite occulté dès que vous aurez vos premières armes entre les mains, car leur feeling
est sacrément pourri. Aussi bien sur le plan visuel qu'au niveau des effets sonores, on a grosso modo l'impression d'être en train d'imiter le célèbre Roi Heenok et ses légendaires
"brrrla brrrla", pas de
s'entraîner à manier de bonnes grosses pétoires destinées à faucher de l'insecte géant par paquets de 500.
Au début de la première grosse fusillade, l'un des gars lâche une petite phrase
qui malheureusement résume assez bien les combats du jeu : "Un de moins, plus qu'un million !"
Et ça mes amis, dans un jeu qui consiste la plupart du temps à mitrailler des nuées d'insectes arrivant à flot continu, c'est vraiment, vraiment très dommage.
Les ennemis n'étant que des insectes décérébrés, on leur pardonnera d'avoir une IA minimaliste limitant leur stratégie à "je fonce droit sur le joueur en espérant le noyer sous le nombre et
tant pis si on se fait tous buter", mais dans ce cas, puisque l'intérêt des combats n'est pas à chercher dans la mise à l'épreuve de la ruse, de l'organisation ou de l'habileté du joueur, la
moindre des choses aurait été de rendre un peu plus spectaculaire et défoulante cette boucherie échevelée. Après tout, simplement foncer sur un champ de bataille bien furieux en déchiquetant
des troupeaux de bestioles à la gatling ou en cramant des essaims entiers au lance-flammes, ça aurait pu être jouissif à défaut d'être subtil. Mais non, il faut se contenter de vider
mollement chargeur après chargeur sur des vagues successives d'ennemis tous identiques pour pouvoir déblayer le terrain et avancer jusqu'au prochain "point chaud" du niveau où, à nouveau, il
faudra se trouver un petit coin à couvert d'où arroser un million de bébêtes avec sa petite mitraillette miteuse avant de courir jusqu'à l'objectif suivant.
Comme le blog du joueur radin version 2.0 n'arrête jamais d'évoluer pour rester toujours à la pointe de la technologie, après l'ajout de musique j'inaugure
aujourd'hui les vidéos avec l'extrait du jeu ci-dessus, réalisé par mes soins. Je sais, c'est court et la qualité n'est pas exceptionnelle, mais si vous multipliez à l'infini ces 30 secondes
vous aurez une bonne idée de ce à quoi ressemble le jeu. On se poste dans un coin à l'abri et on tire, on tire, on tire, jusqu'à ce que des monceaux de cadavres d'arachnides finissent par
obstruer la vue. Quand ça se calme, on continue d'avancer dans le niveau qui, bien qu'il soit à ciel ouvert, n'en reste pas moins un grand couloir ne laissant que fort peu de liberté
d'action, et quand on aperçoit le prochain troupeau, on s'arrête et on arrose à nouveau la zone pendant 5 minutes non-stop avant de reprendre sa course.
Les armes ont toutes leurs points forts et leurs points faibles,
les points
faibles pouvant tous se résumer à "elles sont merdiques".
Bien sûr, de temps en temps, il y a un nouvel objectif censé donner un peu plus de variété à l'action. Avancer à l'abri alors que l'ennemi pilonne le sol de ses tirs de plasma. Explorer une
grotte infestée pour y trouver un objet particulier. Protéger un ingénieur pendant qu'il effectue des réparations. Mais ces missions aboutissent toutes à la même chose : oui, vous avez
deviné, on avance jusqu'à une nuée d'insectes, on s'arrête et on tire dans le tas jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus un seul qui bouge, on repart.
Ici, il faut protéger l'ingénieur (à gauche) tandis qu'il réactive une clôture anti-bestioles.
Evidemment, son IA est aussi développée que la leur et il a la fâcheuse habitude
de foncer directement vers son prochain objectif même si 8.500 monstres lui barrent la route,
et qu'on est encore occupé à nettoyer la zone autour de soi pour éviter une mort rapide,
ce qui rend la mission particulièrement pénible.
Je n'ai rien contre les plaisirs simples : je suis de ceux qui ont passé beaucoup de temps sur la borne d'arcade Terminator 2, et même sur son portage Game Gear, c'est vous dire. Et l'action y
était là aussi basique et répétitive : flinguer, flinguer, flinguer, en ne s'interrompant que de temps en temps pour ne pas que l'arme surchauffe, exactement comme dans Starship
Troopers. Mais ça fonctionnait, parce qu'il y avait une putain d'ambiance et que le jeu était défoulant, ce qui n'est pas du tout le cas ici puisque tout ce qui aurait dû créer
l'ambiance nécessaire à l'appréciation d'un jeu bourrin est raté : bruitages, voix et armes sont ridicules, les ennemis tous identiques ne représentent une difficulté que par leur nombre
colossal, et la "vie" qui anime le champ de bataille (blessés qui rampent ou se cachent, (escouades qui défendent des positions ou partent à l'attaque, coéquipiers qui se font cisailler par
un insecte bondissant hors d'une cachette...), se révèle trop vite artificielle et décevante, puisque tous les événements sont scriptés et qu'il est impossible d'interagir avec qui que ce
soit.
L'un des événements scriptés qui animent le champ de bataille :
un arachnide bondit sur un soldat et le coupe en deux d'un coup de mandibules.
Ouais, cool, c'est comme dans le film.
Sauf qu'ici c'est un jeu, et qu'on aimerait ne pas rester simple spectateur.
Répétitif, ennuyeux, mal foutu, le jeu donne rapidement envie de récupérer les 4 Go d'espace disque qu'on a été contraint de lui accorder à l'installation. Il est des jeux qui ne valent pas
le coup à leur sortie parce que 50 euros c'est trop cher payé pour si peu, ou parce qu'il leur manque un bon gros patch pour corriger leurs défauts ; celui-ci, même payé 3 € et patché bien
comme il faut, reste une merde sans aucun intérêt. Les fans de Starship Troopers préféreront tout simplement se repasser le film plutôt que de s'infliger cette séance de
désinsectisation bien lourdingue.