Le jeu ayant été accueilli plutôt
tièdement par la presse, je ne l'aurais jamais acheté moi-même, mais puisqu'il m'a été offert par mon sympathique beau-frère à l'occasion d'un anniversaire (je sais que le lecteur moyen
s'en bat un tantinet les roustons mais bon, officiellement c'est un blog ici, faut bien que je raconte un peu ma vie de temps en temps entre deux envolées lyriques sur les qualités
exceptionnelles des jeux des pays de l'Est vendus à Carrefour en pochette cartonnée), je me suis quand même lancé dedans à corps perdu plutôt que d'aller comme un gros bâtard ingrat
l'échanger au Game du coin, vraisemblablement contre un truc princier dont ces gens-là sont coutumiers, genre un bon de 2 euros valable uniquement pour l'achat de deux N-Gage ou quelque chose
comme ça.
Bien m'en a pris, le jeu étant une plutôt bonne surprise qui à mes yeux ne mérite pas l'opprobre et les quolibets reçus à sa sortie. Surfant sur la déferlante
GTA, Just Cause vous propose une abondance de poursuites en voitures et de fusillades dans un environnement à explorer librement. A la différence de son inspirateur, peu de
paysages urbains ici, puisque l'action se déroule sur une île sud-américaine fictive majoritairement recouverte de jungle, une île assez gigantesque, surtout pour un titre PS2.
Pour ceux qui s'intéressent au scénario, Just Cause met en scène un agent de la CIA chargé de renverser une dictature au profit de la guérilla locale. Le
début du jeu donne le ton : parachuté au-dessus de l'île, vous devrez dès votre atterrissage sur la plage en découdre avec un comité d'accueil musclé, avant de vous lancer dans une fuite
endiablée au cours de laquelle il faudra mitrailler des véhicules ennemis à la chaîne. Et là, de deux choses l'une : soit vous êtes immédiatement agacé par l'IA à la ramasse et la volonté
évidente des développeurs de se torcher avec la notion de réalisme, soit vous vous laissez entraîner sans faire la fine bouche par le rythme trépidant, et la volonté évidente des développeurs
de privilégier le fun et l'action débridée par-dessus des considérations comme "un parachute ça fonctionne pas comme ça" ou "c'est pas possible d'encaisser 30 chargeurs d'Uzi dans le buffet
sans mourir".
"Détruisez le barrage du gouvernement", une mission annexe que vous pourrez accomplir environ 463 fois dans le jeu
Pour ma part, sur Just Cause je suis plutôt dans la catégorie des joueurs qui ont décidé de s'amuser sans se demander si c'est le jeu le plus novateur,
intelligent et beau du marché. Oui c'est vrai, le héros est du genre indestructible, les ennemis n'ont rien dans le citron, la physique des bagnoles est plus que douteuse. Je ne vais pas
chercher à nier tout ça, et j'ajouterai même que graphiquement, sur PS2 le jeu est franchement pas très joli, voire salement moche, sans parler de l'animation des personnages, bien ratée. Il y a aussi le fait que les missions de la campagne ne sont pas toujours super intéressantes (et donnent souvent l'impression d'être
résolues d'une façon beaucoup plus simple et abrupte que celle auxquelles les concepteurs du jeu avaient pensé, notamment parce qu'avec leur cerveau de pangolin, les conducteurs adverses n'ont
pas leur pareil pour s'autodétruire sans que vous ayez trop besoin d'intervenir), quant aux missions secondaires, n'en parlons pas, c'est répétitif à souhait. Ca fait un paquet de casseroles à
traîner. Reste que cette bonne île de San Esperito reste un bac à sable qui m'a paru finalement plus intéressant à explorer que San Andreas et son ambiance "gangsta".
Rico décide courageusement de se jeter sur la version NES d'Ikari Warriors
La grosse bonne idée du jeu, ce sont les deux gadgets magiques de Rico Rodriguez, le James Bond latino qui tient la vedette : un pistolet à grappin et un
parachute qui s'ouvre instantanément. Le 1er sert à s'accrocher aux véhicules, le second s'ouvre quand ceux-ci entraînent Rico à leur suite, afin de permettre à notre héros de s'élever
majestueusement dans les airs au lieu de se retrouver tracté la gueule dans la boue. Accessoirement il permet aussi de se jeter du haut des falaises ou des
hélicoptères et avions sans finir en steak tartare. Ce combo grappin/parachute permet de se lancer dans des cascades totalement invraisemblables qui font, au bout du compte, tout le sel du jeu.
Eh oui ce n'est pas dans GTA San Andreas qu'on pourrait, en pleine poursuite, aller se poster sur le toit de sa bagnole, pour se jeter sur celle de sa cible, l'expulser en marche,
ressortir à nouveau, s'accrocher à un autre véhicule au grappin, et utiliser l'élan pour s'envoler et se barrer dans la nature loin de ses poursuivants. Ou encore tirer au grappin depuis le sol
sur un hélicoptère en vol, se faire remonter jusqu'au cockpit, éjecter le pilote, poursuivre un avion, se laisser tomber en chute libre sur celui-ci en plein vol, et en prendre les commandes !
Alors, une fois de plus, c'est clair que si vous aimez les jeux offrant un minimum de réalisme, vous aurez peut-être l'impression d'être pris pour un con en assistant à ce genre de scène
faisant passer les films de Michael Bay pour des documentaires. Si vous savez juste apprécier un jeu pour le plaisir d'y faire des choses impossibles, vous devriez en revanche être plutôt
émoustillé par les perspectives offertes par les gadgets de Rico, l'homme qui défie toutes les lois de la physique, de la logique et de la crédibilité.
Une simple pression sur X et Rico sera instantanément sur le toit du véhicule orange, prêt à en prendre le volant.
Un peu n'imp', mais fun.
Parmi les autres qualités du jeu, il y a la taille de l'île, l'absence de temps de chargement d'une zone à l'autre, et une assez grande variété de véhicules
terrestres, aériens et marins à piloter, ça va de l'espèce de minibus Volkswagen aux tanks et hélicoptères militaires en passant par de petits avions, des bateaux de pêche ou des voitures de
sport. Citons aussi les fumigènes de l'ami Rico, qu'il utilise pour appeler ses collègues de la CIA. Grâce à eux, vous pourrez vous faire transporter directement en divers points de l'île pour
éviter d'avoir à vous taper tout le trajet vous-même, ou pour ceux qui ne rechignent pas à conduire, demander le largage d'un véhicule flambant neuf à l'emplacement où vous vous trouvez. Ca
démarre petit avec une moto un peu pourrie, mais après quelques missions vous pourrez déjà prétendre à la livraison, en quantité illimitée, d'un genre de Hummer qui facilite grandement les
choses (un peu trop peut-être, on finit par ne presque plus conduire que ça tant les voitures que l'on peut dérober à la population locale lui sont inférieure en rapidité, maniabilité et
résistance). Plus tard encore vous aurez accès à un bateau à faire pâlir d'envie Hulk Hogan lui-même, et quelques autres bricoles pas
dégueulasses. Enfin, que ce soit à pied où vous pourrez moissonner des escouades entières de soldats avec vos armes automatiques, vos grenades et vos bombes, ou en char d'assaut surpuissant à
abattre des hélicos et pilonner des colonnes de blindés ennemis, le jeu vous offre une puissance de feu qui permet là aussi à ceux qui s'amusent facilement d'un beau feu d'artifice de tout
faire péter à tout bout de champ juste pour le plaisir.
Alors je le répète, à côté de ça il y a l'IA vraiment ridicule, qui ne sait pas piloter ses véhicules (on voit des hélicos se crasher tout seuls, des bagnoles
partir dans tous les sens ou se jeter dans le vide) et qui même à pied à du mal à comprendre un concept aussi simple que "si un agent de la CIA est en train de me cribler de balles, je devrais
peut-être pas rester attendre sans bouger qu'il ait fini". Il y a les missions, mal conçues et/ou monotones. Et il y a la laideur générale de l'ensemble, les développeurs ayant renoncé à
sacrifier un peu de la superficie du jeu, la qualité graphique en a largement pâti et on se croirait presque face à un titre PS1.
Au final, les nombreux défauts en font un jeu qu'il est difficile de qualifier d'excellent titre à posséder à tout prix, d'autant qu'il n'a pas vraiment une durée
de vie impressionnante. Cela étant dit, maintenant qu'il est en gamme budget à 15 € Just Cause permettra aux joueurs pas trop snobs de s'éclater comme un gosse quelques heures à faire
des cascades plus spectaculaires que James Bond et à tout exploser dans tout les sens.