Alors que l'adaptation des deux premiers épisodes sur Game Boy Advance s'était faite sous forme de petits jeux 2D en vue de profil, sympathiques mais qui dissimulaient mal un
certain manque d'envergure lié à leur origine sur téléphones portables, pour la première aventure de Sam Fisher sur DS Ubi Soft s'est risqué à une conversion plus fidèle à la
version PC et consoles de salon. De l'infiltration en 3D sur Nintendo DS, qu'est-ce que ça peut donner ? Ben ça peut donner un jeu dont les palettes d'invendus ont été écoulées dans les
supermarchés pour 15 €...
Le scénario est bien entendu basé sur la célèbre théorie du chaos de Tom Clancy, celle-là même qui a permis à Jeff Goldblum d'inventer les dinosaures. Pour empêcher
qu'un groupe de vélociraptors renégats ne menace l'équilibre du monde libre en instaurant la dictature du prolétariat en extrême-orient, Sam Fisher doit comme à son habitude tuer
des Chinois en évitant de faire sonner trois fois l'alarme. Enfin c'est peut-être un peu plus compliqué que ça mais grosso modo c'est ça.
On dirige donc Sam Fisher dans un environnement en 3D bien anguleuse, en vue à la 3ème personne. Il dispose, comme dans ses vraies aventures pour hommes, de tout un arsenal de mouvements et de
gadgets lui permettant de franchir les différents niveaux et d'y collecter les informations dont il a besoin pour la poursuite de sa mission tout en restant le plus discret possible comme dans
tout bon jeu d'infiltration qui se respecte, puisque évidemment, s'il se fait repérer et que l'alarme est déclenchée trop souvent, ce sera l'échec de la mission. Se faufiler discrètement derrière
un ennemi pour l'assommer sans bruit, se planquer dans le noir en attendant qu'une patrouille soit passée, espionner un couloir en tirant une balle-caméra-glu dans un coin de mur avec son gun
hi-tech, et quand il le faut, sortir les vraies balles et abattre froidement l'opposition avant d'aller dissimuler les cadavres pour éviter que quelqu'un ne trébuche dessus, les possibilités de
Fisher sur la portable de Nintendo sont presque aussi étendues que sur plus grand écran. Il a même accès à ses lunettes magiques pour voir à travers les vêtements des secrétaires. Les niveaux
eux-mêmes sont une version un peu "light" de ce qui peut se voir dans le jeu d'origine, pas trop petits pour un jeu sur console de poche. Bref, il faut reconnaître qu'il y a eu un gros efforts
pour proposer un jeu comme on n'en voyait pas trop à l'époque sur DS (et même aujourd'hui, pas tant que ça).
Le problème, ben c'est que la DS n'est pas un PC, ou une XBox 360, ni même une PS2. Et elle a un peu de mal à gérer tout ça. Les graphismes sont assez grossiers, ce qui serait
pardonnable si Splinter Cell n'était pas le type de jeu pour lequel il est crucial de bénéficier d'un affichage clair et net de son environnement plutôt que d'une bouillie de gros
pixels. Ca rend notamment vraiment difficile l'identification de certains éléments du décor dont l'analyse est nécessaire à la mission. Tourner 2 heures autour d'une caisse en bois mal
texturée en se demandant si c'est bien la bonne et si oui, quelle est la partie à scanner, c'est pas trop marrant. Ce n'est même pas le pire, parce qu'à part ça, on a aussi droit à une caméra
bien relou, et des commandes compliquées et mal foutues. Eh oui, le contrôle au stylet, c'est chouette pour certains jeux, mais pour un titre comme ça avec de nombreuses actions disponibles,
c'est pas vraiment ce qu'il y a de plus pratique. Le jeu lui-même n'est pas hyper difficile, les ennemis n'étant pas trop malins, pour ne pas dire carrément crétins, et les cachettes depuis
lesquelles leur tirer des balles en pleine tête assez nombreuses ; malheureusement, avec les commandes approximatives et une détection des collisions qui ne semble pas au top, les
balles qu'on aimerait voir finir leur course dans une tête se retrouvent souvent dans le tronc (ce qui entraîne un déclenchement d'alarme) ou dans le mur, tandis qu'à l'inverse des tirs
apparemment ratés peuvent se révèler meurtriers. Suivre un ennemi dans un couloir pour lui péter la gueule devient hasardeux, on ne sait jamais si le plus secret des agents secrets ne va pas
décider de se lever pour courir (ce qui fait du bruit) au lieu d'avancer accroupi comme on le lui demandé, ou même s'il va réussir à simplement avancer droit, ou si la caméra ne va pas se coincer
dans un morceau de décor et nous cacher l'action au moment crucial.
Vraiment dommage, parce que c'était un titre plutôt ambitieux pour la DS et parce que malgré un level design laissant assez peu de liberté d'action, le jeu aurait pu être sympa et prenant,
mais diriger le héros est un tel chemin de croix que même un joueur patient aura du mal à persévérer longtemps dans cette aventure.