A
l'instar du fabuleux King of the Road, Europa 1400 fait partie de la trrrrrrrès prestigieuse collection
"Games Giant" de JoWood, également appelée "les jeux qui ont franchi le Rhin par erreur et se sont retrouvés à 3 euros dans les supermarchés et les solderies" (rassurez-vous, vous la
retrouverez ici petit à petit dans sa quasi-intégralité). Son principe apparaîtra de prime abord séduisant à l'amateur de jeux de gestion et de simulations de vie, puisqu'il s'agit de fonder et
faire prospérer une dynastie de commerçants au travers du joyeux 15ème siècle, celui-là même qui vit se dérouler la Bataille de Grunwald, les faits d'armes de Jeanne d'Arc et le règne de Vlad
Tepes dit Dracula, autrement dit un siècle qui n'en finit pas d'alimenter les bacs de soldes de jeux PC, voyez donc là,
là et là.
On commence par choisir une ville d'Europe comme théâtre d'opération, puis on crée son
premier personnage en choisissant son métier, son origine, son aspect et en répartissant quelques points parmi ses diverses caractéristiques comme la Négociation ou l'Artisanat. Le départ est
donc plutôt alléchant : outre le petit côté jeu de rôle, les professions offertes sont assez variées, puisque vous pourrez être entre autres forgeron, prêtre, brasseur ou
voleur.
Le début du jeu est lui aussi raisonnablement prometteur,
puisqu'il ne faudra pas simplement gérer le négoce de votre personnage, mais aussi sa vie en dehors du boulot, un peu à la manière du tout pourri Urgences. On peut améliorer sa maison, participer à la politique de sa ville, et courir la gueuse afin de fonder une famille.
Cela étant dit, il faut reconnaître que ces diverses activités extraprofessionnelles servent au bout du compte principalement à améliorer votre commerce : en se mariant et en faisant des
gosses, on a de la main d'oeuvre gratuite (et la possibilité de continuer le jeu après la mort du personnage original) ; en se faisant élire à un poste à responsabilité on peut voter pour des
lois qui favorisent le bizness ou emmerdent la concurrence... Le gros du jeu reste donc centrer sur la gestion de son artisanat et de son commerce, et malheureusement, sur ce plan-là le jeu
révèle bien vite sa fausse profondeur et ses vraies limites. Quel que soit le métier choisi, on fait finalement toujours les mêmes choses : on envoie ses charrettes chercher des matières
premières au marché, on ramène le tout à sa fabrique pour produire des choses, on envoie les charrettes les revendre au marché, on gagne des sous, avec les sous on agrandit sa fabrique et on
embauche plus de personnel pour fabriquer encore plus de trucs et gagner plus de sous, avec lesquels on pourra améliorer sa maison, ses compétences (en se payant des études), et envoyer plus de
charrettes acheter plus de matières premières pour produire plus de choses etc etc... Le choix du métier n'a finalement qu'une influence infime sur le déroulement du jeu ; le brasseur fait de
la bière, le forgeron fait des armes, le prêtre fait des bouquins... Oui, même le prêtre est ici réduit à l'état de simple artisan-commerçant qui fait fabriquer des livres au sous-sol de son
église pour les revendre au marché, son rôle s'arrête là...
Je vais
être honnête : pour peu que vous soyez quand même un tant soit peu attiré par les jeux de gestion à la base, et pas rebuté par les graphismes moches et le doublage ridicule, au départ on se
laisse happer par la routine à la mécanique pas trop mal huilée qui se met en place, et par tous les petits "à-côtés", et ça fonctionne une heure, voire deux, voire trois... jusqu'au moment où
on finit par s'apercevoir brutalement que, tout de même, tout ça est incroyablement répétitif, ennuyeux, abrutissant, et même pas très bien foutu. Par exemple, quand un jeu vous fait ramer à
mort pour faire quelques malheureux bénéfices avec votre taverne (alors que c'est la seule en ville), et que vous finissez par gagner plus de pognon que vous ne pourrez jamais en dépenser par
la suite d'héritages heureux, ça casse un peu la motivation...
En
résumé, comme beaucoup de titres qui sur le papier proposent un original mélange des genres et des idées intéressantes, Europa 1400 se révèle malheureusement raté faute d'exploiter
correctement son concept. Passée la découverte de ses multiples activités connexes, la monotonie survient trop vite, les parties se suivent et se ressemblent quel que soit le métier choisi et
on y fait toujours les mêmes choses finalement fort peu passionnantes.
A très très très bas prix ça peut toujours se tester par curiosté, ne serait-ce que pour imaginer comment les mêmes idées auraient pu donner un meilleur jeu : 3 euros pour
quelques heures de divertissement, ça n'est pas si cher payé dans l'ensemble, quand on compare à la durée de vie de certains titres à 50 €. Mais plus cher que ça, c'est clairement trop
cher.
par Toxic
publié dans :
Test (PC)
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