Les éditeurs de jeux des pays de l'Est ont une
deuxième passion, après les jeux de chie (et pas incompatible avec, d'ailleurs) : les gros-culs. Non pas ceux dont les mérites nous ont été chantés par Queen et Spinal Tap, mais ces puissants engins au volant desquels les orphelins de feu
Max Meynier gagnent jour et nuit de quoi se payer des prostituées : les camions poids-lourds. Ca va faire en effet une dizaine d'années maintenant que la licence Hard Truck passe de
mains en mains à travers l'ex-URSS, et que les épisodes se succèdent, même si leur passage en France reste extrêmement discret (vous avez déjà vu Hard Truck Tycoon et Hard Truck
Apocalypse en magasin vous ?).
Bien qu'il ne soit pas question de truc dur dans son titre, celui dont je vous parle est bien un épisode de la série en question, la version "deluxe" de Hard Truck 2 pour être exact.
Pour tout vous dire, comme ça fait très longtemps que je fouine du côté des bacs de soldes, j'avais joué au 1er, que j'avais trouvé à la fois plutôt pas mal foutu pour un jeu payé 1 €, mais aussi
très chiant du fait de son concept de base (effectuer des livraisons aux commandes d'un véhicule lent et peu maniable).
Cette nouvelle mouture est basée sur le même principe : dans la peau d'un chauffeur-livreur, vous devrez acheter des cargaisons de diverses marchandises, puis les conduire à bon port. Les
articles, divers et variés, sont plus ou moins fragiles et précieux, les trajets plus ou moins longs, et le temps imparti pour effectuer ces missions plus ou moins limité. Oui je sais, raconté
comme ça, ça a l'air passionnant comme un menu de restaurant végétalien, mais rassurez-vous... euh, non, en fait, malheureusement, le jeu se limite vraiment à ça : livrer des cargaisons en
roulant suffisamment lentement et prudemment pour pas les casser, mais assez vite pour pas être en retard, racheter plus de cargaisons avec les sous, accumuler les bénéfices pour acheter des
camions plus gros pour transporter des cargaisons plus conséquentes pour gagner encore plus et acheter encore plus, etc.
Alors évidemment on peut saluer l'effort des développeurs pour avoir recréé avec précision tout le fun du métier de camionneur, les autostoppeuses et le calendrier de femmes à poil en moins*.Ils ont même poussé le vice jusqu'à gérer le carburant, vous obligeant à faire des arrêts en station-service, et il faut aussi penser à allumer vos phares quand il
fait nuit et à mettre les essuie-glace quand il pleut. Tout cela part d'une intention très louable, après tout il y a un public friand de simulations hyper-réalistes d'activités chiantes, un
public communément appelé "les Allemands". Le jeu a même le mérite de vous laisser circuler librement dans tout son petit univers (paraît-il plus de 100 km de routes, je me permers de douter d'un
tel chiffre, mais bon le fait est qu'on n'en fait pas le tour complet en 10 minutes), à la manière d'un GTA routier, et top du top du frisson, il faudra même faire attention à un gang de mafieux
motorisés et éviter de violer le code de la route sous les yeux de flics en voiture ou en hélicoptère. Le problème, c'est que malgré tout ça, comme le jeu consiste juste à conduire lentement et
prudemment, d'entrepôt en entrepôt, un véhicule maniable comme le Charles-de-Gaulle, on s'y fait très vite chier. Passé le gentil moment de rigolade au moment du choix de l'avatar dans une
incroyable galerie de têtes d'abrutis à moustache, le reste n'est plus qu'un long moment d'ennui, parfois ponctué de râleries contre les bugs bien lourdingues (le camion a par exemple la sale
habitude de s'immobiliser définitivement, collé à un autre véhicule pour l'avoir à peine frôlé) ou de rires nerveux face à l'incohérence de l'IA des flics (on vous gueule "Stoppez votre véhicule
ou nous ouvrirons le feu !" depuis un hélicoptère et on vous verbalise pour un feu rouge grillé, on percute de plein fouet une voiture de flic en roulant à contresens à fond et on se prend une
simple prune pour "franchissement de ligne blanche"...), mais c'est bien peu d'animation, et surtout beaucoup de monotonie dans un océan de graphismes chatoyants estampillés "textures cheapos de jeu budget d'il y a 7 ans sur grosse 3D bien anguleuse".
Au final j'en viens presque à regretter Hard Truck 1er du nom ; la conduite y était un poil plus rigolote, et le jeu moins buggé. A moins d'être tellement passionné par le métier de
chauffeur routier que vous soyez prêt à passer des heures à somnoler à demi devant un économiseur d'écran à thème "je m'entraîne au permis C grâce à l'informatique multimédia sur cédérom
interactif", pas la peine de gaspiller 3 euros dans King of the Road.
*ça vous apprendra à cliquer n'importe où, petit dégoûtant